Deux semaines en Erythree

Vous saviez ou c’etait l’Erythree, vous ? Personnellement, je ne connaissais pas l’existence de ce pays jusqu’a il n’y a pas très longtemps. Que se cache-t-il derrière ce pays et ce peuple ?

L’Erythree faisait encore partie de l’Ethiopie il y a 10-15 ans de cela, apres 30 ans de guerre civile. Notre jeunesse est remplie de references a l’Ethiopie : ce pays tres pauvre ou la secheresse condamne des milliers de personnes a mourrir de fin. 30 ans de guerre civile ont evidemment acheve un pays deja peu favorise.

Et pourtant, on ne sombre pas dans le miserabilisme en visitant l’Erythree (disons les quelques endroits – peu representatifs du pays – qu’on a pu voir). Le pays est acceuillant, et les gens vraiments adorables. Beaucoup de jeunes parlent anglais, et parlent de leur jeune pays avec passion. L’Erythree occupe toute la cote orientale bordant la Mer Rouge de l’ancienne Ethiopie, privant ce dernier pays d’un acces a la mer (cet aspect strategique constitue evidemment une cause aggravante d’une guerre interminable et sans merci). La constitution semble dater de 12 ans environ, 12 ans d’existence et de democratie pour ce petit pays. Lorsqu’ils nous parlent de l’Erythree, ces jeunes semblent presque s’excuser de ne pas offrir un pays industrialise aux touristes de passage (ils sont tres peu il faut le reconnaitre). C’est etrange pour nous, ils revent d’usines et de zones industrielles : il est vrai que c’est un luxe de riche de rever a un pays sans activites humaines polluantes. Ou alors, il y a plein de choses a changer.

Comme beaucoup d’autres batiments, le palais du gouverneur a Massawa a beaucoup souffert de la guerre civile

Ce pays a une longue histoire d’occupation, tout d’abord les turcs, qui ont laisse un riche heritage architectural, helas bien endommage par la guerre (batiments mutiles). Les portugais se sont eux aussi interesses a cette region, avant de laisser la place aux italiens, qui ont fait de l’Ethiopie une colonie. La capitale erythreenne, Asmara, a longtemps ete surnommee la Rome de l’Afrique, et lorsqu’on se promene au milieu de la ville (disons dans les quartiers riches), on pourrait se croire dans une petite ville italienne, peuplee etrangement de gens tous noirs. Pizzeria, terrasses et cafes servant des expressos, le cinema Roma, les arcades, toutes les boutiques italiennes, les gelateria, etc. La petite ville de Massawa s’avere tout aussi italienne, architecturallement parlant, et temoigne d’un passe somptueux, tant dans la magnifiscence de batiments aujourd’hui a l’etat de ruine, des jardins maintenant tout desseches, que dans la modernite du port, florissant en 1940 et aujourd’hui renaissant de ces cendres, les grands cargos venant decharger leur cargaisons de Fiat au milieu d’innombrables epaves jonchant les abords du port (cargos, bateaux de peche, boutres).

Le port de Massawa est jonche de dizaine d’epaves abandonnees

La deuxieme guerre mondiale passe et les italiens combattent contre les anglais. Ils sont defaits, et meme si les anglais essayent bien de mettre la patte sur la colonie, l’Ethiopie devient independante (1941 ?). La suite est plus connue, et les fameuses 30 annees de guerre civile permettent au peuple cotier de l’Ethiopie cote Mer Rouge d’obtenir leur independance. La carte de l’Ethiopie ci-contre permet de comprendre les enjeux strategiques qui se cachent derriere ce conflit, encore aujourd’hui latent.

Nous n’avons malheureusement pas pu nous ballader vraiment dans le pays, nos ressources financieres et le prix prohibitifs de la location de voiture ne nous permettant pas de voyager dans ce pays ou les seuls etrangers – pas vraiment des touristes – sont les innombrables effectifs des nations unies et organisation non gouvernementales oeuvrant dans le pays Il semblerait que la modernite et la proprete de la capitale (jolies rues asphaltees, parfois bordees de palmiers, illuminees, nombreux batiments et magasins modernes, bref tout ce qui ressemble a une ville d’Europe) cache un pays profondemment ancre dans le denuement.

Asmara cote cour…

Il suffit d’ailleurs de sortir des beaux quartiers de la ville pour tomber sur une bourgade comme on en trouve le long de la Mer Rouge, melant des influences arabes et africaines. Quelques apres-midi a Asmara nous auront permis de nous ballader dans ces quartiers « moins favorises », et de decouvrir les innombrables petits marches – les fameux souks – qui constituent la reelle economie du pays. Il s’y vend beaucoup de nourriture evidemment. Il s’y echange notamment d’innombrables sacs de grains, charges sur des charriots tires par des mules ou des petits chevaux (on reserve le transport par chameaux aux « terres basses » – les lowlands – au bord de la mer), et evidemment les fruits et les legumes. Nos peregrinations au hasard, dans le dedale des petites ruelles de terre battue, nous conduisent au marche aux poulets : une petite cite aux allures de bidonville, formes par d’innombrables petites cabanes grillagees, dans lesquelles on entasse des gens (les vendeurs), et des poulets (beaucoup, vendus par les dits-vendeurs, ainsi que des oeufs). Endroit incroyable, ou la tension qu’engendre parfois la pauvrete et la detresse extreme est palpable. A l’entree, une vieille femme panique et s’insurge a la vue de l’appareil photo qu’Armelle porte en bandouliere. On ne prendra pas de photo ici, personne n’acceptera.

… et cote jardin (ou le contraire)

Et pourtant, nous serons invites dans une de ces petites cabanes pour la fameuse ceremonie du cafe. Il faut savoir qu’il s’agit effectivement d’une ceremonie (rien a voir avec une invitation a prendre le the), qui, si vous l’acceptez, prendra au minimum une heure. Il s’agit tout d’abord d’allumer un brasier avec des morceaux de charbon, afin de faire griller les grains de cafe dans une espece de petite casserole. Les grains seront ensuite moulus au moyen d’un etrange pilon dans un mortier bien particulier lui aussi. Le cafe est ensuite verse dans ce qui ressemble a une petite cruche a un anse, en terre, et melange a de l’eau. Il faut faire bouillir le tout, la petite cruche dans le brasier. S’ensuit un ceremonial complique, ou l’on verse, tranvase, du cafe dans des tasses, a nouveau dans la cruche, etc…

Quelques jours a Asmara, et puis un petit tour et puis s’en vont, pour retourner voir Parsifal qui nous attend sagement au port de Massawa. L’occasion de vivre encore quelques jours parmi des gens charmants. Plusieurs de nos apres-midi seront consacres a acceuillir a bord des enfants, d’une famille dont nous avions rencontre le fils aine a Djibouti et avec laquelle nous avons sympatise et eu l’occasion de partager le repas de Paques.

Helen et Yoarsen a la barre de Parsifal

Source:  Le voyage de ParsifalCreative Commons

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